Collectif Miriadan

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Inspirations et autres histoires

Cette page reçoit les inspirations de nos amis multiversels et de mon âme. Ces petites histoires n'ont d'autre souhait que de vous faire sourire ou de vous faire ressentir un petit quelque chose dans votre cœur. 

Les histoires y sont mises de la plus récente à la plus ancienne.


5ème histoire le 23/12/2016


Il était une fois un être humain (homme ou femme) que nous appellerons On par commodité.

On réclamait souvent une preuve de son âme, en la sollicitant par l'obtention d'un don qui le fasse se sentir différent. Un jour, On reçut un message :
"Mon aimé, j'ai entendu tes appels à chaque fois. Pour preuve de mon amour en cette nouvelle année, je t'offre un rayon d'intensité. Place-le où tu le désires en toi. Tu as le Choix : celui de sélectionner une partie de toi, de le fragmenter en parties égales, ou de ne pas le prendre. Ton âme "
A la lecture, On sourit. " Enfin ! "

On alla donc à la rencontre de ses parties intérieures pour décider où il le placerait. On pénétra dans sa Demeure, observa les portes et s'arrêta devant celle de son mental.
" Toc, toc ! Puis-je entrer ? demanda On.
- Bien sûr, répondit son mental. Je suis heureux de te voir. Que puis-je pour toi?
- Juste une question. Si je pouvais activer tes compétences, que ferais-tu ?
- Je m'activerais à comprendre parfaitement les langages de ce monde, et à t'offrir les richesses cachées dans chaque nation, religion et forme de pensée."
On remercia son mental, et continua.

On frappa à la porte de son ego.
" Toc, toc ! Puis-je entrer ? demanda On.
- Oui !!! Comme je suis content de ta visite ! Que puis-je pour toi ?
- Si je pouvais activer tes compétences, que ferais-tu ?
- Je renforcerais ton charisme, je ferais de toi un être brillant et attirant en société. Ta personnalité serait fêtée et reconnue comme Unique et Précieuse pour tous."
On remercia son ego, et continua.

On arriva à la porte de son intuition.
" Toc, toc ! Puis-je entrer ? demanda On.
- Je savais que tu viendrais ! éclata de rire son intuition, les yeux brillants d'allégresse.
- Si je pouvais activer tes compétences, que ferais-tu ?
- Je rallierais tes sens pour que tu puisses entendre, voir, sentir les événements à l'avance, que rien ne soit plus inconnu pour toi, mais sécurité."
On remercia son intuition, et continua à frapper aux portes de son corps. Et à chaque fois, On posa toujours cette même question.

Sa communication lui répondit :
" Je porterais la Beauté et la Paix dans chaque sonorité, je favoriserais l'Harmonie dans le Partage."

Son cœur lui décrivit :
" J'expanserais mon ouverture jusqu'à ce que chacun puisse épancher sa soif d'Amour auprès de ma fontaine."

Ses émotions lui expliquèrent :
" Nous te relierions à la Compassion, cette empathie délicieuse qui te ferait comprendre les autres comme toi-même, et qui participe à la Guérison en chacun."

Son féminin sacré chanta :
" Je libérerais ton Plaisir, je te ferais savourer chaque instant présent dans son essence et sa plénitude. Je te ferais frissonnant de vie."

Son masculin divin s'exclama :
" Je stimulerais tes actions pour qu'elles soient utiles, enrichissantes et fertiles. Je manifesterais ta Magnificence dans la matière, que je transformerais à la Gloire de ton Être."

Sa reliance dessina :
" Je ferais de toi un Être accompli, se dispersant dans la Création et s'unifiant à l'Infini."

On se sentait profondément chéri, aimé et respecté par son corps. On ne pouvait choisir entre toutes ces parties qui lui présentaient tant de considération et d'estime. On remarqua alors une dernière porte qui demeurait un peu à l'écart des autres. S'en approchant, On frappa une dernière fois :

" Toc, toc ! Puis-je entrer ?
- Je ne sais pas, entendit On d'une voix timide.
- Pourquoi ? s'inquiéta On.
- Je ne suis pas sûr que tu vas aimer ce que tu vas voir, s'attristait cette voix. "
On ouvrit la porte et pénétra dans la pièce. On vit alors une silhouette fuyante, qui essayait de se cacher.
" Ne te cache pas s'il-te-plaît ! Je ne te veux aucun mal ! Je viens simplement pour te poser une question.
- Pose-la moi alors. Je t'écoute, soupira la voix.
- D'abord, qui es-tu ?
- Je suis celui qui détruit et désespère, effraie et dépossède. Je suis cette partie de toi qui veille à ce rien ne demeure, et que tout se transforme. J'utilise le temps et l'espace, le mouvement et le souffle pour redéfinir les repères et susciter les remises en question. On m'appelle le Chaos. Pourtant, je participe à l'Equilibre. Après tout, je suis celui qui a traversé les frontières, bousculé l'Harmonie, transpercé les dimensions pour que tu puisses transmettre ta substance dans la forme et former une unité à partir d'éléments séparés ! s'enthousiasma le Chaos.
- Je comprends, opina On avec douceur. Et que ferais-tu si je pouvais activer tes compétences ?
- Rien.
- Rien ? s'étonna On.
- Rien. Je n'en ai pas besoin, je suis à l'écoute de toutes les parties de toi et surgis quand elles s'endorment dans le confort de leurs limites. Faire plus serait briser sans laisser de temps et d'espace pour construire. "

On repartit pensif, et revint auprès du canal de son âme. On écrivit : " Ma chère âme, je t'aime infiniment. Je te suis tellement reconnaissant pour tout ce que tu m'offres. J'ai été voir chaque partie de moi, apprécié chacune pour ce qu'elle est. Mais j'ai aussi compris que si j'honore une seule, cela ne me servira pas. Le Chaos m'a bien fait comprendre qu'il effacerait ce qui ne serait pas cohérent. Alors, je préfère refuser et suivre le chemin que j'ai tracé avec toi, dans la sagesse et la patience comme matériaux de croissance. Avec tout mon Amour. On".


La nuit était tombée et la petite fille s'était couchée dans son lit. Allongée et glacée de peur, elle essayait de se rassurer en se disant que ce n'était que son imagination, rien de plus. Il n'y avait pas de monstres cachés sous son lit, ou tapis dans le noir prêts à fondre sur elle au moindre mouvement. Mais rien n'y faisait. Elle savait que c'était autre chose.

Depuis son arrivée dans cette maison quelques années plus tôt, elle avait ressenti les présences immobiles qui flottaient dans le couloir reliant sa chambre aux pièces principales. Chaque fois qu'elle devait aller aux toilettes juste à proximité de sa chambre, elle les percevait. Elle se sentait un peu effrayée par elles, même si ces dernières ne s'occupaient pas d'elle au fond. Elles étaient là, reliées à quelque chose qui les maintenaient à cet endroit, et c'était tout.

Depuis quelques jours, quelque chose avait changé. Sa chambre qui était auparavant sa retraite sécurisante ne l'était plus la nuit. Dès que la lumière s'éteignait, la fillette de 11 ans frémissait de terreur. Son corps se glaçait malgré sa position en fœtus qu'elle prenait pour se tenir chaud. Nulle couverture ne la réchauffait. Elle était pétrifiée de frayeur, dans une souffrance qui lacérait chaque partie d'elle-même, imposant l'immobilité jusque dans sa respiration qui se faisait discrète par quelques filets d'air. Des forces qu'elle ressentait agressives et malveillantes envers elle la cernaient, la tourmentaient. Et cela la plongeait dans des abîmes de solitude et de désespoir qui ne trouvaient aucun écho dans sa famille. En parler ne pouvait être une alternative puisque nul ne lui offrait la parole. Le silence l'enfermait en son sein.

Mais ce soir, elle n'en pouvait plus. Alors, elle arrêta de respirer, pour en finir. Mais son corps lui rappela qu'il avait besoin d'air, et imposa son réflexe de vie. Désespérée, elle étouffait de sanglots et de colère. Ce fut alors qu'elle perçut en elle une étincelle. Quelque chose lui soufflait : "Appelle-moi". Elle n'avait plus rien à perdre, n'avait personne à qui se confier, alors elle se mit à faire la seule chose qui lui sembla juste en cet instant. Elle priât. Elle n'en connaissait qu'une par cœur, héritage de sa lignée maternelle catholique et pratiquante. Les yeux clos et l'esprit bouleversé, elle mit son cœur dans chaque mot imprimé sur son écran mental : "Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié ...".

Au bout de la 2ème fois où elle la récitait, une chaleur douce et rassurante se diffusa du centre de son cœur vers son corps meurtri de chagrin. Rapidement, elle se sentit entourée d'Amour, ses membres se détendirent et s'allongèrent dans son petit lit. Elle n'était plus qu'Amour, rayonnante dans chacune de ses cellules. Son cœur gonflée de gratitude, elle émit une bulle dorée d'Amour autour de sa maison, de son quartier, de sa ville. Mais cela ne lui suffisait pas. Remerciant la Vie pour le cadeau inestimable qu'elle venait de lui apporter, elle s'offrit à la planète, au système solaire, à la galaxie puis à l'univers. Puis à toute la Création.

Détendue et chérie par la Vie, elle s'endormit avec un sourire paisible sur le visage.

28 ans plus tard, lors d'une méditation, une femme visualisa une porte s'ouvrir dans son cœur. Pénétrant dans l'espace offert, elle y vit une petite fille terrorisée, entourée d'esprits sombres et malfaisants qui transperçaient son corps d'effluves de désespoir. S'approchant d'elle, elle lui souffla tendrement : "Appelle-moi, je suis là pour toi mon amour. Tu n'es pas seule, et je t'aime. Appelle-moi, je serai toujours à tes côtés." Émettant ces mots dans un faisceau de lumière qui émanait de son cœur, elle sut qu'elle venait de recontacter son enfance, et de se libérer de son passé.

La gratitude illuminant son être et ses corps, elle laissa les larmes de joie couler le long de ses joues. La Paix venait de glisser sa main dans la sienne.


Note : j'ai posté cette histoire le 31 décembre 2014 sur ma page facebook. Pour ceux qui ne la connaissent pas, la voici :

Il était une fois une vieille année qui avançait péniblement vers la fin de ses jours. Elle avait vécu bien des joies, des peines et des regrets. Mais, alors qu'elle allait s'endormir à jamais, un lutin farceur s'approcha d'elle : "Que fais-tu vieille année ? Pourquoi t'allonger là, à même le sol, toute seule ?" La vieille dame ouvrit les yeux, surprise et lui répondit : "Mais, j'ai fini mon temps. Personne ne veut plus de moi. J'ai tout donné, et tout le monde veut m'oublier", dit-elle d'une voix tremblante.
"N'as-tu pas compris que ta vieillesse n'est qu'apparente ?" s'exclama le lutin. "Rien ne meurt, même pas toi. Tu te sens fatiguée ? C'est normal après tout ce que tu as fait. Arrête de t'apitoyer, tu as encore beaucoup à offrir." 
- Quoi donc ? demanda l'année.
- Ta sagesse ! s'exclama le lutin dans un grand sourire.

La vieille année réfléchit, se gratta la tête. La sagesse. C'est vrai, elle avait vécu, elle avait compris des choses, elle pouvait peut-être les déposer à la demande de ceux qui en avaient besoin.
Et un sourire commença à fleurir sur ses lèvres.

Au moment où la joie ensemençait son cœur, une poussière dorée s'éparpilla sur ses vêtements et ses cheveux retrouvèrent la couleur de son enfance. Un flot d'amour l'envahit et elle se sentit rajeunir, pleine d'allégresse et d'enthousiasme.


Un peu narquois, le lutin lui dit : "et tu voulais te laisser dépérir ! Regarde. Tu as retrouvé ta vigueur de nouvelle année. Tu croyais quoi ? Que le temps allait te laisser partir sans rien faire ? Chaque changement d'année, c'est la même chose. Je dois venir te voir pour te faire prendre conscience que tu es toujours la même. Tu changes juste de chiffre. Mais cette fois, tâche de ne plus oublier. Tu es la mère des jours et tu nourris l'âme de tes habitants. Quand tu te sentiras prête, cesse de compter. Il y a un ami qui t'appelle depuis longtemps pour te faire découvrir les trésors de l'éternité. Avec lui, tu t'épanouiras. Tu le connais sous le nom de Moment Présent. Et tu verras, tu ne te retourneras plus jamais !" cria le lutin en disparaissant.


Je suis une vache. Et je suis fière de l'être ! J'ai choisi cette incarnation avec grand soin car je voulais une vie d'attention et d'amour. Et la vache me paraît toute indiquée pour ça.

Je suis comme vous. Ma vie a ses petits côtés agaçants quand une congénère me cherche des poils, vous voyez ? Mais elle est aussi tellement magnifique quand je mets bas et que je vois mon petit se lever sur ses pattes tremblantes, la force et le courage si présents déjà en lui.

Je vous aime énormément. Bien sûr, vous n'êtes pas tous tendres avec nous, ni à notre écoute, mais ceux qui le sont nous le font ressentir chaque jour. Et puis, quand même ! Du matin au soir, la nuit, vous êtes là à vous occuper de nous. Vous nous procurez ce que nous aimons à manger, vous nous mettez à disposition des champs emplis d'herbe tendre, vous nous soulagez quand nos pis deviennent trop tendus, vous nous soignez quand nous sommes malades. Nous avons même droit à des câlins et des caresses. Vous vous mettez à notre service pour que nous soyons au mieux. Vous avez quand même adapté votre environnement pour nous accueillir chez vous ! Ce n'est pas rien !

Quand nous naissons, vous nous donnez un petit nom mignon. D'accord, ce n'est pas vraiment celui que nous avons choisi pour nous, mais c'est amusant. Vous nous humanisez ! Nous le prenons comme une preuve d'amour pour nous. 

Ne croyez pas que nous ignorons les travers de votre civilisation. Nous savons ce que vous faites à certaines d'entre nous : la torture, la souffrance, l'étouffement dans des fermes sans espace, l'esclavage.

Eh bien, nous l'avons accepté. Nous considérons que nous avons un rôle important envers vous. Vous nourrir et vous apporter notre tendresse. 
Quand nous choisissons notre incarnation, nous disposons des même droits que vous. Nous connaissons les potentialités de vie, en lien avec vos choix. Oui, oui.

Nous sommes d'accord de mourir pour vous. Nous préférons que cela se passe le plus doucement possible, avec le respect que nous méritons, mais nous avons conscience que nous vous aidons à évoluer. 

Nous ne sommes pas un animal de compagnie, comme un chat ou un chien, mais nous avons autant d'amour qu'eux à vous offrir. Et nous vous en donnons la preuve en étant nombreuses, paisibles, amicales. 

Tout ce que nous vous demandons, c'est de respecter notre âme. Oui, nous en avons une. Lorsque notre moment de nous transformer en steak est venu, ne voyez pas en nous une victime ou une chose sans identité. Regardez-nous avec gratitude. La gratitude, c'est le respect. Voilà. Parce que nous aussi, nous avons tous les droits que vous avez. Même de choisir de mourir pour vous nourrir tant que vous avez besoin de viande.

Alors, la prochaine fois que vous croiserez l'une de nous, dites-lui Merci. Cela suffira pour que votre cœur s'ouvre au nôtre. 

Ah oui ! Une dernière chose : les mouches !!! Ahhhhhhh les mouches !! Vous croyez qu'elles ont aussi un cœur ?


Il était une fois un homme. Cet homme avait la particularité de vivre seul, isolé sur une terre aride et rouge où seuls la poussière de la terre et les rochers accompagnaient ses journées. De hautes montagnes entouraient cet îlot desséché que le soleil cuisait de ses rayons ardents. Aucun nuage pour apaiser un peu l'étau brûlant de ce désert. Mais l'homme s'en contentait.

Quel âge avait-il ? Difficile à dire. Et puis, quelle importance puisqu'il n'avait personne pour se refléter dans son regard. Était-il beau, laid, blanc, jaune ou noir ? Il ne savait plus. Il était, et puis voilà. Il avait tout ce dont il ressentait avoir besoin : une cabane rustique, c'est vrai, mais qui le protégeait quand il faisait trop chaud et lui donnait un endroit confortable pour dormir et manger. Il ne manquait de rien car, chaque jour à son réveil, il trouvait de la nourriture et des boissons  posés sur sa table pour satisfaire sa faim et sa soif. Il ne se posait pas de question. Et puis, il ne se souvenait de rien. Qui était-il, d'où venait-il et comment était-il venu ici ? Le vide. Il se sentait en sécurité. Il était bien.

Son paysage désertique remplissait ses jours avec la poussière qui tournoyait légèrement autour de sa cabane.Nulle végétation, nulle faune pour agrémenter les heures qui s'écoulaient immuables et intemporelles. Pourtant, l'homme s'était accommodé de tout cela. Il en était d'ailleurs presque content.  Il passait ses journées à ciseler les rochers autour de chez lui. Avec un marteau et un burin qui le suivaient partout, il dessinait des formes de pierre issues de ses rêves. Car, chaque nuit, il rêvait de paysages aux couleurs chatoyantes et d'animaux au poil luisant. Dans sa cabane modeste, il ne disposait d'aucun papier ou crayon. Alors, il avait trouvé ce moyen pour faire apparaître ses compagnons de nuit. Partout sur les rochers autour de chez lui, il les contemplait avec plaisir et réconfort. Vraiment, il pouvait dire qu'il était satisfait et qu'il n'avait aucune envie de changer quoi que ce soit à sa vie.

Un jour, il se passa quelque chose d'étrange. Du ciel se mit à tomber des gouttes de pluie. Un petit peu au début, puis de plus en plus. D'abord, cela ne le gêna pas, mais quand il vit que son paysage familier se transformait en boue informe, il sentit monter en lui une colère rageuse. Son chez lui ! C'était Son Chez Lui ! Il y tenait, il le connaissait par cœur ! Pourquoi ? Pourquoi ? Prenant une grande respiration pour se calmer, il se réconforta en se disant que le soleil allait réparer tout ça, qu'il retrouverait tout comme avant. Oui, il allait aller dormir, et quand il se réveillerait, ce serait comme avant. La tête lourde de tristesse et d'incompréhension, il s'endormit. Au réveil, il courut ouvrir sa porte. Et là, devant le spectacle qui n'avait pas changé, il éclata en sanglots.  C'était injuste, trop injuste ! C'était Sa vie, Sa vie qui était partie pour toujours ! 

De rage, de désespoir aussi, il rentra chez lui pour se cloîtrer dans son amertume. Le jour où il aperçut le soleil briller dans le ciel dégagé, il reprit espoir. Mais son regard ne retrouvait rien de ses habitudes. Même la couleur de la terre avait changé. Il se senti mal, rejeté par la vie. Le désespoir s'insinua en lui et le projeta à terre.

Il en était encore à se lamenter quand un bruit anormal le sortit de son cauchemar. Devant lui se tenait une lumière intense, frémissante. Très lumineuse et prenant tout le champ de son regard, il n'y voyait aucune forme. Seules des couleurs arc-en-ciel y dansaient, telles des flammes crépitantes dans un feu de bois. Des phrases s'inscrivirent dans son esprit.

"Sèche tes larmes, apaise-toi. Voici maintenant la réalisation de ce pourquoi tu as choisi de venir."

La lumière déclina et disparut devant lui progressivement. Il ne restait que l'homme seul, un peu hébété et hésitant sur ce qui venait de se passer. Il avait dû s'endormir. Il venait de rêver. Oui, bien sûr. Pourtant, il avait une impression bizarre, une sensation de réconfort. La boue devant lui le ramena à son présent. Haussant les épaules, il rentra dans sa cabane pour ne plus réfléchir.

Le lendemain ne le vit pas sortir. Ni les jours suivants. Dehors, quelque chose se passait. La terre bougeait imperceptiblement, s'ouvrait et se balançait doucement.

A l'intérieur de la cabane, l'homme ne restait pas inactif. Malgré tout ce que lui disait son esprit, il ne pouvait s'empêcher d'espérer. Quoi ? Il ne savait pas, il espérait, c'était tout et pourtant, c'était tellement. Lui qui n'avait plus rien, il espérait. Et il croyait quand même que la vie ne pouvait être si injuste. N'est-ce pas ? Alors, il façonnait des outils avec le bois et le métal que des inconnus lui apportaient pendant son sommeil. Il ne décidait pas de la forme, il laissait ses mains caresser les fibres du bois et assembler ce qui lui paraissait correspondre.

Un matin, il sentit un appel. Il sortit sur le pas de sa porte et s'immobilisa, stupéfait.

A la place de la terre sèche, cuite et désolée se déployaient des arbres verts, leurs branches tendues fièrement vers le ciel. A leurs pieds frémissaient de l'herbe souple, et des fleurs offraient leurs couleurs arc-en-ciel aux insectes de passage.

Émerveillé,  il contemplait son nouvel environnement. Il n'en revenait pas. De ce qu'il avait pris pour une malédiction au départ, il recevait un cadeau qu'il n'aurait jamais pu imaginer. L'esprit étourdi par ce changement, il s'assit sur le pas de sa porte pour regarder. Et soudain, il se rappela. Il était jardinier ! Un jardinier envoyé ici pour préparer la terre à sa transformation. 

Et le cœur joyeux, il ne se sentit plus jamais seul. Autour de lui se déploya la vie avec sa diversité et sa complémentarité, plus rien ne restait immobile. L'homme s'était trouvé, la vie lui avait donné ce qu'il avait toujours recherché : le sentiment de s'accomplir à chaque instant.